Prenant le 17ème siècle comme âge d'or de la peinture moderne, Krikor Bédikian a été obligé de s'isoler afin de travailler à la survie de la peinture classique, témoignant ainsi, dans une technique superbe, de sa vision du 20ème siècle, sur des toiles de lin préparées par lui et une science des couleurs faites pour ne pas prendre une ride, disait-il, afin de pouvoir conserver des centaines d'années sa peinture sans une écaillure.

Peut-être est-ce le seul peintre contemporain à avoir œuvré toute sa vie en ce sens qui lui semblait primordial.

Ainsi, assuré de sa technique, après avoir été ému par la lumière et la couleur et avoir dessiné plusieurs fois son projet ou pris simplement quelques annotations sur un petit morceau de papier, à la suite de ces dessins ou le lendemain, in situ (rarement dans son atelier), son pinceau enduit d’une pâte fluide vient frapper directement la toile sans aucun repère. Le geste est large, généreux, puissant et juste, inscrivant d'une écriture rapide sur la surface à peindre une trace libre et spontanée? Alors, il peint tout avec un égal bonheur : portraits, petits métiers, paysages, cirque, natures mortes aussi bien que les animaux et les villes, jusqu'à sa chère Venise.